Dernière Complainte
*Bruit de porte qui claque.
Une clef tourne dans une serrure
Un sanglot
Des bruits de pas traînants qui montent un escalier
Du sous-sol s'élève une voix, chantant tristement
À l'instant où la porte de ma prison ferme,
Sur ta joue une larme roule doucement ;
Ne t'inquiète pas, sèche-la, mon enfant.
La lumière s'enfuit et tout devient terne.
Puisque je suis enfoui, dans cette éternité
Veux-tu m'entendre te conter la vérité ?
Aimer : c'est dépérir chaque jour un peu plus
De ne pas être aimé ; mais aimer c'est revivre !
C'est s'abandonner, c'est embrasser l'Absolu,
L'avaler, s'en emplir, s'en combler, en être ivre !
Aimer : c'est souffrir, chaque instant, de se ronger ;
C'est haïr tout son être, c'est s'abandonner
Et avoir ce besoin que l'autre nous admire,
Nous adore, nous anoblisse, nous inspire.
S'il existait une fin au cycle éternel,
S'il pouvait exister un seul échappatoire
À cette prison si pernicieuse et belle,
Alors, nous courrions tous, au loin, avec espoir...
Insupportable peine qui sur nous déverse
Le torrent qui emmène tous nos idéaux,
Nos désirs, notre imagination perverse...
L'amour est sauveur, tortionnaire et fléau.
Et tu vivras à nouveau, encore, et encore.
Et tu mourras à nouveau, encore, et encore.
Parce qu'aimer, c'est vivre peu, et mourir trop.
Parce qu'aimer, c'est jouir, et souffrir de ses maux.
Et chaque fois, ta mort sera plus douloureuse,
Ta vie sera plus courte, plus dense et intense ;
Parce que la nature n'est pas généreuse,
L'Homme ne refusera jamais cette danse.
Étreins-moi, prends-moi dans tes membres délicats,
Caresse mes cheveux de tes doigts diaphanes,
Jusqu'à ce que finalement ma vie se fane...
Jusqu'à ce que la mort me prenne dans ses bras.
Brainless Jester, Songes, Rêves, Fantômes Nébuleux, 2016